Vie et moeurs d'une grenouille atypique

Les dendrobates sont des grenouilles arboricoles d'Amérique du Sud. Elles sont connues du grand public pour leurs couleurs vives signalant aux (...) Voir descriptif détaillé

Vie et moeurs d'une grenouille atypique

Les dendrobates sont des grenouilles arboricoles d'Amérique du Sud. Elles sont connues du grand public pour leurs couleurs vives signalant aux (...) Voir descriptif détaillé

L’espèce Oophaga pumilio est originaire d’Amérique Centrale où elle vit non pas dans des étendues d’eau calme mais dans les sous bois de la région des Caraïbes (Sud du Nicaragua jusqu’ au Nord du Panama).
Elle est très abondante dans les vieilles plantations abandonnées de cacao (Lötters, Jungfer, Henkel & Schmidt, 2007).

Dans son milieu naturel comme en captivité, le moindre espace creux rempli d’eau (de la taille d’un dé à coudre par exemple) peut lui suffire pour y faire naître ses têtards. C’est ainsi qu’on la retrouve très active près des souches d’arbres morts ou perchées à plusieurs mètres de hauteur sur les plantes épiphytes comme les broméliacées. La base des feuilles conserve suffisamment d’eau pour qu’elle s’y reproduise ou y trouve refuge.

Sur un lieu de ponte

La description plus précise des moeurs de cette espèce se base sur des observations faites sur des grenouilles nées et reproduites en captivité. Leur comportement en captivité est similaire à celui qu’elles ont dans leur milieu naturel.

Les mâles sont territoriaux et se « battent » pour un territoire. Les combats sont brefs et limités à quelques bousculades.
Le mâle se poste à l’emplacement propice à la ponte d’une femelle (point d’eau) et chante toute la journée.

Chant du mâle

Son chant puissant attire une femelle qui pondra quelques oeufs (moins de dix) à proximité du point d’eau (mais pas directement dans l’eau comme le font nos grenouilles dans les mares).

Oeuf fécondés sur broméliacée

La femelle retournera fréquemment sur lieu de ponte. Lorsque les têtards sont proche de sortir de leur enveloppe gélatineuse, elle présente son dos et les têtards parfois aidés des pattes arrières de la femelle se hissent dessus (Certaines espèces de dendrobates très fertiles ont des têtards qui recouvrent littéralement tout le dos de la grenouille).

Femelle transportant ses têtards

A ce stade là, la femelle les transporte jusqu’à des points d’eau précis où elle ne déposera qu’un seul têtard à chaque fois ! Pour qu’elle raison ? La réponse tient dans le nom du genre.

La femelle connait toutes les « nurseries » improvisées. Elle y retournera pour pondre quelques oeufs non fécondés et les laissera à chaque têtard pour le nourrir. Il s’agit d’une espèce oophage (lors de sa vie larvaire uniquement). La femelle renouvellera l’opération jusqu’à la sortie de l’eau des jeunes grenouilles (environ 45 à 50 jours).

Cette grenouille connue pour la toxicité de ses sécrétions cutanées méritait qu’on s’y intéresse de plus près pour ses moeurs originales.

Il est d’autant plus intéressant de s’y attarderer que malgré ses toxines protectrices, elle soit actuellement très menacée par une attaque fongique due à Batrachochytridium dendrobatidis.
Cette menace fongique a été découverte pour la première fois au début du 20e siècle dans différentes régions du monde. Etant fatal pour les populations atteintes, il pourrait contribuer à une extinction massive des batraciens (Sihler, 2007).

Quel en serait l’impact sur toutes les zones humides où vivent les batraciens ? Est-ce notre rôle de trouver un traitement antifongique efficace ? Est-ce notre activité « hyper mouvante » (commerce, tourisme...) qui pourrait-être la cause d’une propagation à l’échelle planétaire ?

Beaucoup d’autres espèces dans le monde comme Oophaga pumilio sont très localisées et ont des moeurs atypiques parfois à peine connues. Alors, espérons juste pouvoir en apprendre encore d’avantage...

Nos partenaires

Voir également