Phengaris-Myrmica, histoire d'une relation symbiotique très (...)

Article de vulgarisation scientifique sur la relation entre les papillons de la famille des Lycénidés du genre Phengaris (anciennement Maculinea) (...) Voir descriptif détaillé

Phengaris-Myrmica, histoire d'une relation symbiotique très (...)

Article de vulgarisation scientifique sur la relation entre les papillons de la famille des Lycénidés du genre Phengaris (anciennement Maculinea) (...) Voir descriptif détaillé

Je m’apprête ici à vous présenter l’une des nombreuses relations cocasses du règne animal. Infinie sagesse, parfaite adaptation, voici la relation entre les papillons du genre Phengaris et les fourmis du genre Myrmica.

Parmi les nombreuses espèces de Papillons de jour que l’on peut rencontrer en Europe on trouve celles appartenant au genre Phengaris (anciennement Maculinea ) qui on adopté des mœurs myrmécophiles (espèces animales ou végétales qui vivent au contact des fourmis). Présents en Europe sous la forme de 5 espèces ils ont pour nom ; l’Azuré du serpolet (Phengaris arion), l’Azuré des mouillères (Phengaris alcon), l’Azuré de la croisette (Phengaris rebeli), l’Azuré de la sanguisorbe (Phengaris telejus) et l’Azuré des paluds (Phengaris nausithous).
Ces espèces suscitent un grand intérêt scientifique du fait de la particularité de leur cycle biologique, incluant la présence obligatoire de deux hôtes (une plante puis une fourmi), et des informations qu’elles peuvent apporter concernant la dégradation de leurs milieux de vie. Les recherches effectuées sur ce cycle biologique si particulier touchent différents domaines, allant de l’acquisition de données biologiques sur l’espèce et ses hôtes à l’étude de leurs interactions réciproques ou encore la gestion des milieux qu’elles habitent.

Les Phengaris sont de grands Azurés de la famille des Lycénidés au dessus des ailes souvent marqué de taches noires. Le développement d’une population de ces espèces est dépendant de la présence sur un même site d’une plante hôte et d’une fourmi hôte du genre Myrmica exclusivement. Les femelles pondent leurs œufs en été au niveau des inflorescences de la plante hôte. Une fois éclose la jeune chenille s’enfonce dans un bouton floral et le dévore de l’intérieur. Après la dernière mue larvaire, la chenille descend à terre ou elle est recueillie par une fourmi hôte et transportée par celle-ci dans la fourmilière. A cet stade la chenille change complètement de régime alimentaire. Pour favoriser cette adoption, les chenilles de Phengaris ont une glande à nectar située sur la face dorsale du septième segment abdominal. Cette glande secrète des glucides et des acides aminés destinés à attirer l’intérêt des fourmis hôtes. Certaines espèces sont aussi capables d’émettre des sons qui imitent ceux émis par la reine de la fourmi hôte provoquant ainsi chez les ouvrières un comportement de nourrissage par trophallaxie. La trophallaxie consiste en une régurgitation de la nourriture pré-digérée contenue dans le jabot social que les fourmis possèdent afin de nourrir d’autres insectes de la colonie. Chez certaines espèces la chenille est nourrie par les ouvrières au détriment de leurs propres larves ; chez les autres espèces la chenille consomme le couvain de la fourmilière où elle hiverne, cessant son activité en même temps que les fourmis pour la reprendre au printemps. Une partie des chenilles reste là environ dix mois et se nymphose l’année suivante ; l’autre partie se maintient une année supplémentaire dans la fourmilière. Les bénéfices de cette stratégie de développement larvaire ne sont pas encore bien connus.

Julien Vergne dessinateur animalier

La période de vol des adultes peut varier en fonction de l’altitude et de la latitude, mais aussi localement en fonction de la période de floraison de la plante hôte. Des conditions climatiques défavorables ont des répercussions importantes sur la dynamique des populations.

Cette biologie extraordinaire a cependant une conséquence inquiétante ; les naturalistes ayant étudié les différentes populations de ces espèces ont constaté une forte régression des Phengaris en Europe au cours des dernières décennies. La cause principale de cette raréfaction c’est la disparition des habitats dont évoluent ces espèces du aux activités humaines. Il serait souhaitable de prendre en compte ces espèces dans les plans de gestion des espaces naturels européens afin d’assurer le maintien des populations restantes de ces magnifiques papillons, superbe exemple de cohabitation entre espèces animales dont nous devrions nous inspirer bien plus souvent.

Sources d’information ;
- Plan National d’Actions 2011-2015 en faveur des Maculinea, Ministère de l’Ecologie, de l’Energie, du Développement durable et de la Mer – DREAL Auvergne.
- Biologie de reproduction des Azurés myrmécophilles, Yves Rozier et Alain Ponsero (1997)
- Relations entre fourmis et plusieurs lycènes en France, Tristan Lafranchis et Pieter Kan (2012)
- Les Papillons de jour de France, Belgique et Luxembourg et leurs chenilles, Trista Lafranchis (2000) Parténope collection

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