La reproduction de la truite : de la migration à l'éclosion, une (...)

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La truite commune

La truite commune (Salmo trutta) est un poisson principalement d’eau douce de la famille des Salmonidés originaire de toute l’Eurasie mais introduite un peu partout dans le monde. Ce poisson a une importance particulière pour la pêche commerciale et récréative. Cependant, la pêche intensive et les altérations de son habitat ont mené à une baisse de son abondance qui inquiète les pêcheurs depuis plusieurs années. Pour pallier à cette réduction, la technique la plus utilisée durant la fin du XXe siècle et qui se fait encore aujourd’hui est le recrutement en souches d’élevage. Autrement dit, les œufs de truite sont fécondés artificiellement en piscicultures et les alevins ou juvéniles sont relâchés en milieu naturel. Cependant, il y a de plus en plus de doute sur la réelle efficacité de cette méthode, et ce déversement de souche d’élevage risque de faire disparaître les souches locales par un phénomène de « pollution génétique », l’introgression. Il est aussi maintenant reconnu que l’altération du biotope des truites par les activités humaines a une influence particulièrement grande sur leur stade de reproduction (migration et frai), ce qui pousse de plus en plus les gestionnaires à s’intéresser au bon déroulement naturel de ce cycle plutôt que de compter sur un recrutement artificiel. Nous allons voir ici comment ce poisson emblématique des cours d’eau français et suisses fait parfois face à un véritable périple pour pouvoir assurer sa descendance.

Trois formes pour le prix d’une

Une des particularités les plus intéressantes de la truite commune est qu’il en existe 3 formes, ou écotypes :
- La truite de rivière (Salmo trutta morpha fario) passe sa vie à l’amont des grands fleuves, dans leurs affluents et autres petits cours d’eau. C’est là qu’elle trouve les conditions nécessaires à son habitat, c’est à dire des températures basses (de 0 à 20°C), de grandes concentrations en oxygène et des eaux relativement turbulentes. Certaines sont sédentaires et passent toute leur vie dans le même cours d’eau, alors
que d’autres se dirigent vers les effluents en grandissant et effectuent de petites migrations de reproduction vers l’amont.
- La truite de lac (Salmo trutta morpha lacustris) passe sa vie adulte dans les lacs. Durant la saison de reproduction, elle quitte le lac pour rejoindre ses affluents et peut ainsi parcourir plusieurs kilomètres en direction de l’amont, jusqu’à trouver un endroit propice pour y pondre ses œufs. Les spécimens de cet écotype peuvent atteindre des tailles impressionnantes allant jusqu’à 130 cm.
- La truite de mer (Salmo trutta morpha trutta), comme son nom l’indique, passe la majeure partie de sa vie adulte en mer, grâce un mécanisme d’adaptation à l’eau salée appelé smoltification. Tout comme la truite de lac, son instinct la pousse à rejoindre chaque année les fleuves côtiers et leurs affluents pour aller pondre ses œufs en eau douce. Malgré une taille moyenne de 50 cm, certains spécimens peuvent atteindre 1 mètre de long.
Il est important de noter que ces trois formes de truite commune font bel et bien partie de la même espèce. Cela signifie qu’elles peuvent se reproduire entre elles et que leur niche géographique peut se chevaucher. Encore plus étonnant, une même portée peut contenir des alevins qui grandiront pour devenir sédentaires, lacustres ou marines. Ce mécanisme de diversification écologique est encore mal compris des scientifiques et semble ne pas avoir d’explication génétique.

Migration et construction des frayères

La saison de reproduction commence en novembre en France et en Suisse Colonie de vacances
Valais
Suisse
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et se termine en février. Après sa longue migration, la femelle cherche un endroit propice pour y pondre ses œufs. Pour cela,elle a besoin de larges bancs de graviers et de cailloux fins ou grossiers, meubles, où l’eau circule facilement. Il est hors de question, par exemple, de pondre dans la vase ou sur de gros rochers dans des eaux stagnantes. La présence d’abris proches comme des sous-berges, des fosses ou des embâcles, où elle peut se reposer et se protéger des prédateurs, est aussi un critère important. Lorsque la femelle trouve les conditions à son goût, elle utilise sa nageoire caudale pour creuser un trou dans les galets et y déposer ses œufs, de 250 à 2000 suivant son poids. C’est à ce moment là que les mâles, à l’affût, vont concourir pour pouvoir y déposer leur semence et en fertiliser un maximum. Les mâles les plus gros et robustes, mais aussi à l’inverse les plus petits et vifs ont généralement l’avantage. La femelle remonte alors légèrement à l’amont et recouvre les œufs de galets par l’action conjuguée de sa nageoire caudale et de la force du courant. Le nid, appelé « frayère », est terminé.

Pour l’observateur avisé, les frayères peuvent être facilement reconnaissables grâce à plusieurs de leurs caractéristiques :
- La plus facile à repérer de loin et la présence d’une zone claire au milieu d’un substrat de galets et de cailloux fins. Cela signifie que le substrat a été fraîchement remué et que les sédiments fins ainsi que les algues s’y sont détachés et n’ont pas encore eu le temps de le recouvrir.
- La présence d’un ou plusieurs « creux » en amont, c’est à dire un trou ou une dépression dans le substrat, qui peut mesurer plusieurs dizaines de centimètres de diamètre.
- La présence d’un (parfois plusieurs) dômes directement en aval. C’est sous ces monticules de galets que se cachent les œufs en attente d’éclosion. Pour les plus grosses truites (truites lacustres par exemple), ces dômes peuvent atteindre des diamètres de plusieurs mètres ! Les alevins éclosent au printemps suivant la température de l’eau. Ils vont cependant rester cachés plusieurs semaines dans les interstices du substrat, s’enfonçant au plus profond du dôme protecteur et se nourrissant encore grâce à leur sac vitellin. Lorsque celui-ci est résorbé, les alevins, devenus « larves », émergeront du substrat pour commencer à se nourrir activement et vivre leur petite vie de truitelle puis de truite.

Pas si simple de faire des bébés truites

Comme nous l’avons vu, de nombreuses truites, en particulier les formes lacustres et marines, sont poussées instinctivement à parcourir de grandes distances pour effectuer leur reproduction. Ce long voyage face aux puissants courants est particulièrement épuisant pour elles, et les barrages hydroélectriques ainsi que les prises d’eau pour alimenter les canaux artificiels sont autant d’obstacles à leur migration. Le stade « frayère » est aussi une période véritablement critique pour le bon fonctionnement du renouvellement naturel des populations. Les œufs et les alevins qu’ils contiennent ont besoin d’un apport constant en oxygène pour pouvoir survivre et se développer. Une frayère qui se situerait dans une zone où le courant n’est pas assez fort peut voir une partie de ses alevins mourir car l’oxygène n’est pas assez renouvelé. Cependant, à l’inverse, un courant trop fort (comme lors d’importantes crues) peut entraîner une destruction du dôme. La position d’une frayère dans la rivière dépend donc d’un équilibre entre un courant relativement puissant et une protection face aux grandes crues morphogènes. Mais ce ne sont pas là les seuls obstacles au bon développement des œufs. Si l’eau transporte trop de sédiments fins (grains de sable, argile, etc.), cela peut entraîner un phénomène de « colmatage » des frayères, où les interstices entre les galets du dôme se retrouvent bouchés et entraîneront l’asphyxie des alevins. De fortes baisses de débits peuvent aussi faire baisser le niveau de l’eau jusqu’à ce que le dôme et les œufs se retrouvent à l’air libre. On parle alors de frayère exondée. En plus des dangers plus ou moins naturels auxquels font face les frayères, l’influence de l’homme sur les cours d’eau de rend pas la tâche plus facile. Le renouvellement en graviers et cailloux meubles ne peut se faire que si le cours d’eau a une bonne capacité de charriage, c’est à dire des débits et des pentes suffisantes pour transporter de gros matériaux. Les aménagements des cours d’eau destinés à limiter les dégâts en cas de crue, l’endiguement et la présence de barrage réduisent considérablement cette capacité de charriage par rapport à une situation « naturelle ». Le gravier est aussi souvent prélevé à des fins commerciales. A l’inverse, la quantité de sédiments fins, si dangereux pour les alevins à cause de leur effet de colmatage, ne fait qu’augmenter dans nos cours d’eau suite à l’agriculture intensive.

Les mesures de protection actuelles

Malgré toutes les raisons que nous avons évoqué ici, l’état de la truite n’est pas considéré menacée sur la liste rouge de l’IUCN. Cependant, ses exigences particulières pour le bon déroulement de son cycle de vie en font un bon indicateur de l’état de santé général des cours d’eaux où elle est présente. En Suisse Colonie de vacances
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, l’écotype lacustre est défini comme étant en danger (EN), et, comme la quasi totalité des poissons d’eau douce d’Europe, l’abondance et la diversité génétique de Salmo trutta est préoccupante sur le long terme. Cependant, depuis quelques années, un plus grand effort est fourni pour travailler sur la source principale du problème : la renaturation des cours d’eau. Les barrages sont peu à peu équipés de passes à poissons pour permettre la migration ou sont simplement détruits. Le rempoissonnement en souches non-indigène devrait se faire de moins en moins, et certaines associations organisent des campagnes de suivis volontaires des frayères, permettant à tout un chacun, passionné de pêche ou non, d’apporter son aide à la conservation de ce poisson si particulier.

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