La cité endormie au cœur des Pyrénées

Saint Bertrand de Comminges, une cité essentielle de la domination romaine en Pyrénées, une cité revitalisée par les troubadours, aujourd'hui un (...) Voir descriptif détaillé

La cité endormie au cœur des Pyrénées

Saint Bertrand de Comminges, une cité essentielle de la domination romaine en Pyrénées, une cité revitalisée par les troubadours, aujourd'hui un (...) Voir descriptif détaillé

Au milieu des nombreux prospectus et documents publicitaires de la grande distribution jetés pêle-mêle dans ma boite aux lettres, j’ai failli ne pas apercevoir le magazine du Conseil Général. C’est sa quatrième de couverture qui a attiré mon regard, « DÉSIRS D’ÉTERNITÉ » est le titre d’une affiche d’exposition qui occupe la pleine page, une exposition archéologique présentée à Saint Bertrand de Comminges. Ce fameux désir n’est-il pas un lien commun à toute l’humanité ? Comment Saint Bertrand se retrouve t’elle ainsi exposée aux désirs d’existence éternelle de l’Homme. J’ai mené une rapide enquête et vous en avez ici la primeur.

Saint Bertrand de Comminges est une toute petite bourgade nichée au pied des Pyrénées entre un fleuve, une rivière et une grande forêt. C’est un petit bijou dans cet écrin de verdure et d’eau. Le fleuve c’est la Garonne, sa source n’est pas très loin dans le Val d’Aran voisin mais elle est déjà bien grosse des ruisseaux et rivières qui l’alimentent. Grâce à elle on ne manque de rien dans la vallée, l’agriculture locale regorge de fruits et légumes, de céréales et dans la chaîne alimentaire poissons, gibiers et animaux d’élevage sont bien nourris. La forêt fut une richesse elle est aujourd’hui simplement protégée mais sa richesse c’est la faune, la flore et la biodiversité qu’elle abrite. La petite rivière a un joli nom : L’Ourse, comme son nom l’indique elle a certainement abreuvé de nombreux plantigrades, mais elle donne aussi un autre sens à la vallée : oui nous sommes en val de Garonne mais c’est aussi la vallée de l’ours, Mlles et Saint Béat sont très proches. Toutefois, ce qui frappe en arrivant en vue de Saint Bertrand laissons Marcel Durliat, médiéviste et professeur à l’université de Toulouse nous le décrire : « Qui a vu se détacher sur leur fond boisé de montagnes le robuste vaisseau de la cathédrale de Sain,t Bertrand de Comminges ceinturé de ses contreforts, et la masse harmonieuse du chevet de Saint-just de Valcabrère, dominé par sa haute tour carrée, n’oubliera jamais ce spectacle tout à la fois grandiose et émouvant ».

Eglises de Saint Bertrand de Comminges
Saint Just de Valcabrère et Cathédrale Sainte Marie en fond.

Une église romane, une cathédrale gothique, est-ce là le secret des désirs d’éternité liés à ce lieu ? Poursuivons notre enquête.

Au temps de Cro-Magnon

Gargas
Mains préhistoriques, technique du pochoir.

Si l’on se réfère à la proximité des grottes de Gargas ou d’Aurignac il est démontré que depuis plus de 40 000 ans le site est occupé par les bipèdes humanoïdes, le fleuve Garonne les invitant à s’engager dans la vallée où ils trouvaient des abris et de la nourriture. Des objets comme lances, flèches ou dents de bovidés percées prouvent que ces humains connaissaient déjà les outils. Ils connaissaient aussi la technique du pochoir pour décorer les grottes de leurs empreintes de mains.

Les Convènes et les Romains

Avant la conquête de la région par les romains, la région est le siège des Convènes, peuple ibéroaquitain différent des gaulois. De nombreux autels votifs dédiés à leurs divinités ont été découverts dans la région.

Pompée
Kenneth Cranham dans le rôle de Pompée.

En 72 av. J-C, cette date doit vous rappeler quelque chose sinon ressortez votre collection d’Astérix, à la fin de la guerre menée dans la péninsule ibérique, Pompée établit sur le site la ville de Lugdunum Convenarum, il y déplace les populations des vallées voisines tels les Celtibères, Arévaques et Garunni. La situation géographique de Lugdunum des Convènes – au carrefour d’axes de circulation naturels terrestres
et fluviaux – favorise la prospérité économique de la petite ville qui est nommée capitale de la cité du Comminges à la période augustéenne (27 av. J.-C. – 14 ap. J.-C.). Cette position lui confère un rôle primordial tant politique qu’administratif dans l’antique province d’Aquitaine. Il faut attendre deux à trois
décennies pour que la bourgade devienne une ville monumentale. La structuration de l’espace se fait à partir du carrefour primitif et du réseau de voies en étoile qui reste un marché important du territoire.

Vestiges
Une partie des thermes de Lugdunum convenarum

Au Ier siècle ap. J.-C., les principaux monuments urbains – macellum, place, théâtre, palestre, thermes – sont édifiés et modèlent peu à peu un centre ville. La construction urbaine se poursuit du IIe au IVe siècle ; la ville s’étend alors sur 36 hectares dans la plaine jusqu’aux rives de la Garonne. Elle acquiert le titre de « colonie romaine » ce qui souligne son statut privilégié et témoigne de l’importance de la cité. L’eau est acheminée par un aqueduc depuis Tibiran-Jaunac. De riches demeures s’installent en périphérie du forum. Les exploitations rurales occupent les premières terrasses, séparées de la Garonne par un mur de soutènement à alvéole. Sur les prairies humides bordant la Garonne, un port (ou un embarcadère) devait être aménagé afin de développer le commerce et faciliter l’approvisionnement en matériaux de construction. La population était alors de 10 000 habitants, aujourd’hui on en compte difficilement 300.

Epoque médiévale

Pendant les siècles suivants les romains sont conquis par les wisigoths, les wisigoths par les francs et c’est Gontran le neveu de Clovis en 585 de notre ère qui achève ce qui est devenu Convuenae. Le faste laisse place aux ruines. On ne sait rien ensuite des effets successifs des occupations sarrasines et normandes ni ensuite du début de la société féodale. C’est enfin en 1083 qu’apparaît Bertrand de L’isle Jourdain, ce saint homme, canonisé en 1218, fera renaître la ville qu’il aura rebâtie sur les restes de la cité religieuse et de la place forte de Lugdunum, on lui donnera le nom de Saint Bertrand de Comminges en 1222.

Saint Bertrand de Comminges
Le village et sa Cathédrale

En 1305 un autre Bertrand (De Got) devenu pape sous le nom de Clément V fera bâtir une cathédrale, elle sera achevée en 1352. Jusqu’au XVe siècle, à la fois évêché du Comminges et capitale du comté, la ville cumule les pouvoirs religieux et politiques. Elle contrôle un territoire irrigué par la Garonne qui s’étend de la plaine à l’Espagne, suivant les limites de la cité antique.

Le futur c’est maintenant

L’un des traits les plus remarquables de la plaine de Saint-Bertrand-de-Comminges et de Valcabrère réside dans la permanence des tracés (chemins, voies, routes), avérée depuis plus de deux millénaires, qui se rencontrent en un point : le carrefour primitif au pied du rocher. Il constituait le lieu d’échanges des peuples celtes, le centre de la vie publique à l’époque romaine (marché, forum, théâtre), et le coeur du pouvoir politique et religieux au Moyen Age.

Ce carrefour historique s’inscrit de nos jours dans une démarche de
découverte touristique, mais aussi culturelle à la limite de l’espace agropastoral (plaine) et sylvopastoral (montagne).

« Il est possible de s’appuyer sur ces éléments structurels et permanents pour élaborer un projet collectif respectueux de la mémoire du site et des potentialités de ce territoire. » cette dernière phrase se trouve dans un rapport officiel rendu conjointement par la préfecture de la Haute Garonne et du Conseil Général de ce département. C’est sur cette phrase que pourrait se terminer cet article, mais...

Epilogue

Mais cette enquête ne peut s’arrêter ainsi. En effet, où en sommes nous de nos désirs d’éternité ?
réponse : je sais que vous avez bien tout suivi et que vous avez compris que ce lieu est magique par essence. Depuis la famille Pierrafeu jusqu’à nos jours, chacun a laissé une trace pour que les suivants fassent resurgir les souvenirs de ceux qui les ont précédé. Mais ce n’est pas fini, tous ces lieux de culte ont été des lieux d’inventivité ou de créativité pour que les hommes assouvissent leurs désirs de devenir des dieux.

Logo OSI

Cette enquête ne sera donc pas terminée tant que OSI ne sera pas passé par là. Depuis Saint Bertrand tous les objectifs scientifiques peuvent se réunir pour assouvir le besoin de chercher. Sur les traces de l’ours, du Gypaète barbu ou de l’Isard, avec les moyens modernes de détection ou sous les ailes d’un drone, à pied, à cheval ou à vélo, le long de la Garonne pour fignoler les recherches sur l’eau ou dans la forêt voisine parmi les insectes nichant sous les écorces, dans les grottes voisines en spéléo ou sur les sommets enneigés du Mourtis à 20 minutes de là, ici aussi des cristaux peuvent révéler tous leurs secrets et le clou du spectacle c’est cette cité antique dont seulement 10% de la surface a été découverte et qui cache encore de nombreux secrets enfouis sous terre. Bref, cette fois-ci vous avez compris, affûtez vos esprits scientifiques, il y a du boulot dans les Pyrénées et je vous invite à y réfléchir pour vos prochaines vacances...

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