La campagne est-elle l'avenir des urbains ?

Brève introduction à l'agriculture urbaine avec les exemples de l'aquaponie et de la permaculture Voir descriptif détaillé

La campagne est-elle l'avenir des urbains ?

Brève introduction à l'agriculture urbaine avec les exemples de l'aquaponie et de la permaculture Voir descriptif détaillé

Et si demain Paris se transformait en ferme ? Une idée plus sérieuse qu’elle en a l’air puisque de nombreux projets d’agriculture urbaine voient le jour ces dernières années au coeur des grandes métropoles. Elever des animaux ou cultiver en ville devient possible. Dans quelques décennies, les 80% d’urbains pourraient bien manger des fruits cueillis une heure avant au coin de la rue. Entre autres avantages, l’agriculture urbaine permet en effet d’offrir des produits de qualité, de diminuer les distances de transport et donc la pollution. Elle doit cependant s’adapter aux caractéristiques de la ville, et en particulier à la rareté du foncier(le manque de place). C’est possible, grâce à des techniques que les pionniers de l’urban farming découvrent ou redécouvrent. Libres aux urbanistes et aux architectes d’intégrer l’agriculture dans leurs projets et d’imaginer un nouveau paysage urbain pour demain.

Un peu d’histoire

En fait, cultiver en ville n’est pas une idée nouvelle. Dans les villes les pays en développement, c’est chose normale et nécessaire. Jusqu’au début du XXe siècle, c’est aussi le cas dans les villes occidentales. d’ailleurs, en 1900, les maraîchers parisiens sont renommés. Mais l’agriculture urbaine demande beaucoup de main d’œuvre, elle est donc peu compétitive en coût. Elle disparaît presque complètement, en Europe et aux EU, vers 1920.

Cependant, à la fin des années 60, la ville de Détroit aux Etats-Unis est prise dans la tourmente de la crise économique et des conflits sociaux. Les entreprises font faillite. Les investisseurs se détournent de la ville. Le travail vient à manquer. La ville se vide de ses habitants et s’appauvrit. Dans les magasins, les denrées fraîches se font rares.
Pour redynamiser la ville, en 1970, la municipalité encourage les habitants à cultiver un lopin de terre avec le projet Farm a lot. C’est un succès. Aujourd’hui, sur les 700.000 habitants de Détroit, 16.000 sont engagés dans l’agriculture urbaine. Le projet, cité comme exemple à travers le monde, intéresse les investisseurs, l’expérience est reproduite dans d’autres grandes villes aux Etats-Unis et l’administration Obama engage des fonds pour renforcer la filière naissante de l’agriculture urbaine.

Car à l’heure actuelle, l’agriculture urbaine a repris du galon. Alors que dans les filières classiques, un aliment parcours en moyenne 5000Km entre le champ et l’assiette, un produit cultivé en ville est consommé presque sur place. Pas de transport donc pas d’engorgement des routes donc moins de consommation d’énergie donc moins de pollution... et puis, l’agriculture en ville, c’est aussi un cadre de vie amélioré.

Petit à petit fleurissent des expériences pilotes : fermes modèles ou encore jardins-potagers communautaires ont souvent une valeur plus pédagogique que productive.

C’est que les quantités disponibles pour la consommation sont encore faibles. Et les produits de l’agriculture urbaine coûtent très cher. Une rumeur fixe à 3 dollars le prix de 4 feuilles de salade grown in Manathan. Légende urbaine ? sans doute, mais cela reflète bien les difficultés de rentabilité.

Ce n’est qu’un début. A titre d’exemple, les autorités bruxelloises prévoient de produire 30% des denrées alimentaires dans la ville à l’horizon 2050.

L’effervescence d’une discipline émergente

Pour arriver à nourrir la ville de l’intérieur et à coût raisonnable, il est nécessaire de trouver des méthodes adaptées aux contraintes spécifiques à la ville.

Il faut produire en suffisance sur des parcelles de petite taille et diminuer les coûts de production. Et puis, hors de question de s’autoriser des odeurs de fumier le long des boulevards. Les pesticides risquent également d’être mal acceptés dans un contexte déjà soumis à une forte pollution atmosphérique.

Les fermes urbaines sont donc très différentes de leurs sœurs de la campagne.

Dans les exemples qui suivent, les bons rendements s’appuient sur des techniques pointues ou sur une excellente connaissance du fonctionnement des écosystèmes.

L’aquaponie, une technologie de pointe

L’aquaponie combine l’élevage de poissons et les cultures de fruits et légumes. Ce type d’agriculture existe sous des formes diverses depuis l’antiquité. Une nouvelle forme se développe de manière plus technologique.

On connaît l’hydroponie : les plantes poussent les racines dans un liquide enrichit de minéraux.
Dans l’aquaponie, les poissons sont élevés dans des bassins. C’est l’eau de ces bassins, enrichie en déjections et en bactéries, qui est utilisée pour nourrir les plantes.

Toute la subtilité consiste à trouver le juste équilibre entre la population de poissons et le nombre de plantes.

La méthode est déjà bien implantée dans certaines communautés insulaires. En ville, on connaît une ferme aquaponique à Montréal, notamment. Des projets émergent dans la plupart des métropoles européennes, comme le projet Abattoirs, à Bruxelles.

C’est en effet une forme d’agriculture urbaine rentable et bien maîtrisée, séduisante pour un investisseur.

La permaculture, une agriculture qui se fond dans la nature

La permaculture est une agriculture qui s’inspire du fonctionnement des écosystèmes.
A limage d’une forêt, les cultures sont organisées en strates :
- strate 1 : les arbres fruitiers
- strate 2 : les arbustes et les petits fruits
- strate 3 : les herbacées et les légumes

Il peut y avoir une dizaine de strate, voir d’avantages.

Les espèces sont mélangées pour bénéficier les unes des autres : les légumineuses enrichissent le sol en azote, les racines ameublissement la terre, les champignons s’associent aux végétaux.

Point de mécanisation, tout se travaille à la main. L’efficacité de cette agriculture repose autant sur une bonne organisation du travail que sur une bonne connaissance des végétaux.

L’efficacité des techniques utilisées est cruciale. Certaines techniques sont anciennes, comme l’utilisation de parterres surélevés qui améliore la qualité de la terre. D’autres techniques sont récentes, comme le semoir de haute précision qui aligne à la perfection les rangs de carotte et de radis.

Il n’est possible de cultiver que de petites surfaces mais les rendements sont excellents.

L’INRA a mené des recherches à la ferme du Bec-Helluin - Normandie - qui montrent que cette forme d’agriculture peut être rentable.

L’un des gros atouts de la permaculture, c’est la biodiversité. Grâce au bon équilibre des végétaux, la ferme devient un véritable écosystème. Réconcilier la dualité la nature, la ville et l’agriculture d’un coup, il fallait le faire !

Un nouveau visage pour la ville ?

L’agriculture urbaine est porteuse de nombreux changements. Le métier d’agriculteur urbain reste à inventer. Et de nouvelles filières économiques ne manqueront pas de voir le jour.

Et puis, on peut penser que le développement de l’agriculture urbaine modifiera la physionomie des villes avec une nouvelle génération d’espaces verts.

On se prend à en rêver, avec l’architecte-utopiste Vincent Callebaut qui nous projette dans un futur imaginaire, directement inspiré de l’agriculture urbaine, où les arbres et les bâtiments s’entremêlent intimement.

Compléments bibliographiques :
Herver-Gruyer Ch. et Herver-Guyer P. (2014) La méthode de la ferme du Bec Hellouin
Herver-Gruyer Ch et Léger F. (2011) Projet de recherche : Maraîchage biologique et performance économique

Conférence :
BECI - Brussels Entreprises Commerce and Industry (07-12-2015) L’agriculture urbaine, des opportunités pour les entreprises

Interviews :
Guillaume Fourdinier, administrateur Agricool (15 novembre 2015)
Jean-Philippe Lens, administrateur Topino (16 novembre 2015)

Photos / Vidéos

Cultures urbaines à Détroit

crédit photo : Vincent callebaut

Nos partenaires

Voir également