La biotechnologie : quand le vivant s'en mêle et que les idées (...)

Voici un article pour faire un peu le point sur la biotechnologie et ses enjeux. Voir descriptif détaillé

La biotechnologie : quand le vivant s'en mêle et que les idées (...)

Voici un article pour faire un peu le point sur la biotechnologie et ses enjeux. Voir descriptif détaillé

Au coeur des problématiques de développement durable, la biotechnologie fascine mais pose aussi beaucoup de questions !

Petite définition :

Dans «  Biotechnologie  », il y a...

- « Bio » : du grec « bios », signifiant la vie.
- « Techno » : du grec "tekhnê, tekhnikos, désignant un art, un métier ou un savoir faire.
- « Logie » : du grec « Logos », faisant référence à la raison, une science ou un discours.

Si on compile tout ça, ça nous donne : « Une science qui utilise le vivant comme un outil technique »... Quelque chose de ce genre.
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Bien, avec ce petit cours d’étymologie, vous venez d’apprendre votre première leçon en matière de sciences : si les mots ont l’air compliqué, c’est qu’il vous faut apprendre le grec et le latin !

Jetons un petit coup d’oeil aux définitions officielles.

L’OCDE (Organisation de coopération et de développement économique) donne la définition suivante :

« La biotechnologie est l’application des principes scientifiques et de l’ingénierie à la transformation de matériaux par des agents biologiques pour produire des biens et services »


Pour la petite référence, vous pouvez consulter le site de l’OCDE.


D’après notre bien aimé dictionnaire Larousse (que vous consultez au moins 5 fois par jour pour vous instruire, je suis sûre), il s’agit de :

« Toute technique utilisant des êtres vivants (micro-organismes, animaux, végétaux), généralement après modification de leurs caractéristiques génétiques, pour la fabrication industrielle de composés biologiques ou chimiques (médicaments, matières premières industrielles) ou pour l’amélioration de la production agricole (plantes et animaux transgéniques ou O.G.M. [organismes génétiquement modifiés]). »


Deuxième leçon : Quand on parle de sciences, attention à vos sources ! Attention au sens des mots aussi.
La définition officielle est plutôt neutre et descriptive, la définition du Larousse donc « populaire » est plus polémique, puisqu’ils y mentionnent le terme « OGM » qui hérisse le poil de pas mal de gens !

Bien, rentrons à présent dans le vif du sujet !

Petit historique :


La biotechnologie est une discipline à l’interface entre toutes les sciences du vivant et de l’ingénierie. Mais on la restreint très souvent à la seule production d’OGM (Organismes Génétiquement Modifiés). Ces derniers ont la vie bien dure de nos jours.
En fait, la biotechnologie ne se restreint pas à cela.

Les premiers à faire de la biotechnologie sont en fait... nos ancêtres préhistoriques !
A l’aube de l’humanité, on n’était pas stupides. On avait déjà bien compris que la nature, et notamment les plantes avaient eu des millions d’années de plus que nous pour optimiser leur fonctionnement ! Elles qui ont de si bonnes idées, pourquoi ne pas les utiliser après tout ? Et ainsi naquirent les premiers chamanes, les premiers soigneurs... et les premières cuisinières, exploitant alternativement les vertus aromatiques, thérapeutiques et hallucinogènes des plantes pour pimenter un peu l’ordinaire de ces braves hommes partis chasser le mammouth.

Puis vint la sédentarisation... l’agriculture, la sélection de variétés, l’amélioration des espèces végétales par croisement, la découverte de la fermentation qui permettait de fabriquer du vin, de la bière, du vinaigre, du pain, des fromages... Puis l’homme inventa LA CHOUCROUTE ! Mais ça... c’est une autre histoire.

Cela paraît anecdotique, mais tout ça, c’est de la biotechnologie !
Saviez vous que le maïs que nous cultivons actuellement par millions de tonnes dans tous les départements a été sélectionné voilà des siècles en Amérique du sud ? L’ancêtre du maïs se trouve être la téosinte ! Et savez vous ce qui a provoqué ce changement brutal d’apparence ? Une mutation dans un gène de croissance ! C’est un OGM !

Si l’histoire de la biotechnologie vous intéresse, voici un site très bien documenté :
http://www.gnis-pedagogie.org/pages/docbio/chap1/4.htm

Champs d’application des biotechnologies et enjeux :

Maintenant, on a fait des progrès, on a changé les méthodes, mais les enjeux restent les mêmes : NOURRIR, SOIGNER, PRODUIRE.
Dans cette optique, on classe traditionnellement les biotechnologies en trois domaines :

- Les biotechnologies vertes concernent le domaine agricole.
Elles ont pour but d’optimiser la production, soit en modifiant les propriétés génétiques de la plante (dans ce cas, on créée un OGM), soit en trouvant une solution externe, comme la mise à disposition d’éléments nutritifs dans le sol (via des engrais, par exemple).
On a également découvert que certaines variétés de légumineuses poussaient mieux lorsqu’elles étaient en symbioses avec des bactéries les aidant à fixer l’azote au niveau des racines.
L’amélioration des récoltes passe aussi par la lutte contre les pathogènes. Ainsi, de nombreuses firmes dont nous ne citerons pas le nom se sont lancées dans la production de pesticides et de plantes génétiquement modifiées pour résister à ces pesticides... En passant, ils ont rendu leurs plantes stériles, ce qui oblige les agriculteurs à racheter les semis chaque année. Bien qu’une plante stérile empêchera la dissémination de pollen et de graines modifiées ailleurs que dans le champ concerné, on ne peut pas exclure totalement la possibilité d’un transfert de gènes de résistances dans d’autres organismes, ou simplement l’évolution des pathogènes vers une « hyper-résistance », selon le même principe qu’avec les antibiotiques. Mais oui, rappelez vous la pub : « Les antibiotiques, c’est pas automatique ! ».


Illustration par J. KRZYSZTOFIAK

Pour les OGM, on pourrait dire « Sacré dilemme ! »
D’une part on a de plus en plus d’informations sur les génomes et les moyens de les modifier de manière ciblée pour optimiser de manière significative les rendements, tout cela dans une époque où la population mondiale augmente constamment et où l’on cherche des solutions pour produire plus !
D’autre part, il y a les risques et les problèmes éthiques : peut-on modifier ce qui a évolué pendant des siècles pour s’adapter à tous les facteurs environnementaux ? Va-t-on bouleverser l’ordre établi ? Va-t-on modifier les écosystèmes ? Y’a-t-il un risque sur la santé ?
Vous ne le savez peut être pas, mais lorsqu’on étudie un processus biologique en laboratoire (quel qu’il soit), on passe invariablement par la création de mutants pour lesquels on supprime la fonction étudiée... Sans OGM, plus de recherche fondamentale !

Une autre piste a été fournie par la musique. Paraîtrait-il que certaines mélodies stimuleraient la croissance des plantes... Dans le cadre du projet « Biotech’ connection » de 2012, nous allons tester cette hypothèse ! Et puis si ça marche... plus besoin de pesticides, un petit coup de Tchaikovsky et en avant !


Illustration par E. HEBERLE

- Les biotechnologies rouges recouvrent le domaine de la santé.
On utilise des enzymes, des molécules découvertes dans des organismes vivants pour améliorer les traitements. Je vous site par exemple l’acide acétyl-salycilique, qui dérive d’un principe actif présent en grande quantité dans l’écorce de saule. En Egypte antique, on se faisait déjà des infusions d’écorce de saule pour soigner les maux de tête. Maintenant, les tisanes ont été remplacées par les cachets d’aspirine !

Là encore, on utilise souvent des OGM. Par exemple : on a modifié des bactéries pour qu’elles produisent de l’insuline en grande quantité ! Grâce à cette insuline, on peut soigner des milliers de diabétiques alors qu’avant il était très difficile de purifier cette hormone qui régule le taux de sucre dans le sang.
Par contre, on cultive ces fameux OGM dans des bioréacteurs clos. Donc aucun problème de contamination potentielle à l’extérieur !

- Les biotechnologies blanches pour finir, sont appliquées dans le domaine de l’industrie. Là, on utilise des bactéries pour produire en masse des substances d’intérêt... Par exemple... le biocarburant !
On utilise des enzymes pour digérer la cellulose et recycler le papier, pour produire des molécules en quantité, pour transformer la matière...
On utilise même des enzymes pour rendre la viande plus tendre dans les steaks hachés !
Comme vous avez pu le lire au tout début, on produit encore des tonnes et des tonnes de vins, fromages, et autres produits de l’agroalimentaire !
Plus récemment, de nombreux travaux se focalisent sur la biotechnologie dépolluante !
De nombreux arbres comme le peuplier sont capables d’extraire les métaux lourds polluants des sols. Certaines variétés de roseaux pourraient purifier l’eau, tandis que des bactéries pourraient digérer le polyuréthane, ce plastique ayant beaucoup d’utilités industrielles dont on ne sait plus quoi faire, tant il est toxique une fois brûlé et quasi impossible à dégrader !
Quelques usines de traitement des déchets basées sur la dépollution par les plantes (aussi appelée phytoremédiation) voient le jour en France en ce moment.
On utilise souvent les lichens (des algues en symbiose avec des champignons) comme bio-indicateur de pollution...
Bref, Les usages qu’on peut faire des plantes et des processus vivants sont aussi variés que les organismes qui peuplent le globe !

En fait, la biotechnologie, c’est un peu l’art de mettre le vivant au service du vivant.
La nature est une source d’inspiration inépuisable et des siècles d’évolution fournissent des résultats plus sûrs et plus fiables que n’importe quelle machine développée par une cohorte de brillants ingénieurs !

Mais tout cela pose question :

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La recherche, à ce sujet est donc primordiale, mais elle pose aussi question. Est-ce bien ? Est-ce mal ? Réfléchit-on vraiment aux conséquences de nos actes ? Personne ne peut répondre avec certitude car, même si l’on entrevoit des risques, les biotechnologies nous rendent franchement service au quotidien.
Le vrai problème vient souvent du fait de l’apparition des brevets.
Peut-on breveter et monnayer le vivant ? Il est possible de breveter des plantes depuis le « Plant Patent Act » en 1930.
Est-il légitime de poser un brevet sur une invention qui n’est, somme toute, pas vraiment de nous ? On ne reverse aucune somme à Dame Nature et Sire Evolution à ce que je sache !

Bien trop souvent, beaucoup de techniques efficaces sont délaissées car elles ne rapportent pas d’argent, beaucoup de pistes ne sont pas explorées car on se repose sur nos lauriers dorés, sur une invention qui fonctionne déjà et qui rapporte déjà de l’argent.
Nous vivons dans une époque paradoxale où les connaissances évoluent de façon toujours exponentielle, mais où on étouffe la découverte si elle ne génère pas de profit.

Les biotechnologies rendent bel et bien service, les biotechnologies sont utiles. L’innovation n’est pas dangereuse et les OGM non plus. Mais ce qu’on en fait peut s’avérer l’être. C’est à nous d’en gérer l’application et d’en éviter les dérives en réfléchissant sur le long terme, pour le développement durable, pour la gestion intelligente et raisonnée de nos ressources. Pour mener à bien cet objectif, il faut faire évoluer les mentalités, il faut faire prendre conscience de tous ces enjeux à « la relève ». Il faut former des éco-citoyens avertis, parce qu’ils en vaudront deux. Parce qu’à leur tour ils pourront former et informer.



E. H.

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