L’agriculture, nouvel outil de la gestion durable des territoires ?

Cet article traite de l'évolution de la perception de l'agriculture et du rôle structurant de cette activité pour la gestion durable des (...) Voir descriptif détaillé

L’agriculture, nouvel outil de la gestion durable des territoires ?

Cet article traite de l'évolution de la perception de l'agriculture et du rôle structurant de cette activité pour la gestion durable des (...) Voir descriptif détaillé

Un lien naturel, ancestral et élémentaire relie l’homme à la terre à travers l’agriculture. L’alimentation, par l’intermédiaire d’un échange singulier entre le milieu interne de l’homme et son milieu externe est au cœur du processus de sélection adaptation par lequel se co-construisent le vivant et son environnement (Ollagnon 2007). De la naissance de l’agriculture, au Néolithique, l’agriculture et ses révolutions successives conditionnées par des séries d’innovations a largement influencé le développement des civilisations de la même manière que les civilisations, à travers l’agriculture, ont impacté leur territoire. Ces changements se sont accompagnés pour les hommes, d’un renversement de leur rapport au monde et à eux-mêmes (Mazoyer et al. 2002).

1 - L’agriculture, un travail de moins en moins terre à terre

Au fur et à mesure de l’évolution technique et culturelle des sociétés humaines, la localisation des habitats et celle des approvisionnements alimentaires ont évolué d’une dépendance étroite vis-à-vis du milieu géographique, du territoire, à un affranchissement presque total. Pendant les Trente Glorieuses, la concentration et la modernisation industrielle et agricole provoquent l’essor de la consommation de masse et l’expansion de l’urbanisation. Ainsi, les rapports entre les villes et les campagnes ont été profondément bouleversé : alors qu’il y a de plus en plus de consommateurs, les agriculteurs vont de moins en moins produire pour le marché local. Les flux alimentaires s’internationalisent en même temps que l’économie se délocalise.
Aujourd’hui, près de 85% de la population française réside dans un espace urbain alors qu’il ne représente que la moitié de la superficie du territoire et 86 000 ha de sols sont soustraits aux terres agricoles par an en France (Guiomar 2007) au bénéfice de l’urbanisation. Pourtant, si la perception de l’agriculture n’a cessé d’évoluer, elle n’en demeure pas moins une activité structurante des territoires de par sa multifonctionnalité. Outre la production de ressources, l’agriculture est porteuse de fonctions environnementales, patrimoniales, paysagères, touristiques et de loisir. Elle permet d’occuper et d’entretenir les territoires en préservant les cadres de vie. Aussi, le maintien des espaces ruraux est l’objet d’un intérêt croissant dans l’aménagement des territoires.

2 - Une activité clé pour le développement durable des territoires

En effet, plus récemment, la place de l’agriculture dans les politiques d’aménagement du territoire est devenue plus centrale. L’agriculture périurbaine notamment est progressivement reconnue à travers ses valeurs économiques, spatiales, paysagères et pourrait devenir un outil d’urbanisme capable d’organiser le tissu urbain (Gambino 2010). La loi de décentralisation, en transférant des compétences aux collectivités, leur a permis de produire leurs propres politiques publiques et de contribuer au développement de leurs territoires. Ces nouvelles modalités d’intervention induit une (re)territorialisation de l’action publique et permet l’élaboration de politiques d’aménagement visant à consolider les qualités, les compétences et les potentialités spécifiques des territoires.
L’émergence de nouveaux acteurs locaux tels que les intercommunalités, les collectivités territoriales
(communautés d’agglomérations, conseil général, conseil régional) ou territoires de projets (Parc Naturel Régional, Pays) donnent de nouvelles perspectives à la mise en œuvre de politiques territoriales en faveur de l’agriculture. Ces institutions locales, en gouvernant au plus proche des citoyens poursuivent les intérêts propres des populations qu’elles représentent. Aussi, face à l’observation d’une demande citoyenne croissante en produit locaux (« locavorisme »), certaines envisagent-elles la préservation des espaces alloués aux activités agricoles à travers l’économie de proximité, plus précisément à travers l’approvisionnement alimentaire local. En effet, la relocalisation d’une partie de l’économie est considérée comme un instrument de cohésion et d’identité territoriale qui permet une densification des rapports entre agents économiques locaux et participe à l’éveil d’une représentation collective fondée sur la défense et la valorisation du territoire en tant que patrimoine commun. Ainsi, l’économie de proximité permet aux gouvernements locaux la mise en œuvre d’actions qui diminue l’antagonisme ville-campagne au bénéfice de l’aménagement du territoire (notamment dans les aires urbaines et périurbaines) et contribue au bien-être de la communauté. Compte tenu de ses caractéristiques, l’économie de proximité, en participant à la relation rural urbain, permet la création de conditions favorables à l’utilisation efficiente des territoires. C’est pourquoi aujourd’hui, l’agriculture, à travers le prisme de l’alimentation peut être un nouveau rendez-vous pour la gestion durable des territoires (Bonnefoy 2011).

Références :

Bonnefoy S., Brand C. 2011. L’alimentation des sociétés urbaines : une cure de jouvence pour l’agriculture des territoires métropolitains. Vertigo,11,2.
Gambino M. 2010. Politique d’aménagement du territoire. Centre d’études et de prospectives, service de la statistique et de la prospective, Fiche variable Agriculture-Energie 2030.
Guiomar X. 2010. L’agriculture, socle du dynamisme économiques des territoires dans : L’agriculture, un champ d’investissement pour les collectivités territoriales. Chambres d’Agriculture, n°998, p.16-23.
Mazoyer M., Roudart L. 2002. Histoire des agricultures du monde : du néolithique à la crise contemporaine. Edition du Seuil
Ollagnon H. 2007. L’alimentation entre les hommes les êtres vivants et les territoires. Economie & Humanisme, n° 380.

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