Aménagement des paysages agricoles et protection des plantes

L'aménagement en paysage agricole peut-il favoriser le contrôle biologique des insectes ravageurs par leurs ennemis naturels ? Voir descriptif détaillé

Aménagement des paysages agricoles et protection des plantes

L'aménagement en paysage agricole peut-il favoriser le contrôle biologique des insectes ravageurs par leurs ennemis naturels ? Voir descriptif détaillé

Survivre dans une parcelle agricole n’est pas toujours simple pour un insecte. Les labours, l’apport de fertilisants, de pesticides et la récolte sont autant d’occasions où sa survie est menacée. Malgré cela, des insectes se développent dans les cultures. Il en existe 500 000 espèces dans le monde, 300 peuvent se développer sur le maïs, 400 sur les pommiers, 200 sur le trèfle, etc... Parmi eux, certains sont considérés comme ravageurs. Ils se nourrissent des grains, légumes ou fruits que l’on souhaite récolter ou se nourrissent des feuilles, des tiges ou des racines de la plante, occasionnant ainsi des baisses de rendement. Ils peuvent aussi transmettre des virus.

Forte population de pucerons sur une feuille de maïs

Parmi eux, les pucerons sont bien connus des jardiniers et des agriculteurs. Pour se nourrir, ils insèrent leurs stylets (une sorte de trompe) dans la feuille et aspirent ainsi de la sève. La plante s’en trouve affaiblie. Les pucerons rejettent également sur les feuilles une matière sucrée que l’on appelle le miellat. Sur le miellat, des champignons se développent et recouvrent la feuille, réduisant ainsi la photosynthèse. Par ailleurs, les pucerons peuvent être porteurs de virus de plantes qu’ils transportent d’une plante à l’autre. Pour limiter les populations d’insectes comme les pucerons et leurs dégâts dans les cultures, deux types de méthodes existent : la méthode curative et la méthode préventive [1]. La méthode curative classiquement utilisée est l’utilisation de traitements chimiques. Le succès des insecticides est dû tant à leur efficacité et à leur facilité d’utilisation qu’à leur coût relativement modéré. L’objectif de la deuxième méthode, la méthode préventive, est d’éviter que des organismes nuisibles se multiplient. Pour cela, il s’agit de rendre défavorable l’environnement aux insectes ravageurs et de favoriser le développement de leurs ennemis naturels. Cela est possible par le choix de pratiques culturales comme la rotation des cultures, par la sélection ou l’élaboration de variétés résistantes ou encore par l’aménagement de l’espace agricole.

larve de cécidomyie mangeant un puceron

Aménagement et contrôle biologique des ravageurs :

Le contrôle biologique est définit par Eilenberg [2] comme consistant en l’utilisation d’organismes vivants pour contrôler la densité de population ou l’impact d’organismes ravageurs spécifiques, en les rendant moins abondants ou en réduisant les dommages qu’ils peuvent occasionner. Les insectes qui se nourrissent des insectes ravageurs sont appelés ennemis naturels ou auxiliaires. Ce sont des prédateurs comme les coccinelles ou des parasitoïdes [3]. Une bonne application du contrôle biologique demande une connaissance approfondie des relations entre les plantes, les ravageurs et leurs ennemis naturels (prédateurs et parasitoïdes). Les études qui portent sur le contrôle biologique des ravageurs sont généralement effectuées à des échelles très petites, soit l’organisme, soit le plant, soit le champ, soit plus rarement l’exploitation agricole. Les effets à plus grande échelle sont peu connus. Ainsi ce qui environne un champ cultivé (autres cultures, boisements, pâturages...) peut-il favoriser le contrôle biologique dans ce champ ? de quelle manière ? Tout d’abord, des échanges d’insectes se font entre les champs et les zones qui les entourent. De plus, les zones qui entourent les parcelles sont des refuges pour les ennemis naturels lors des pratiques agricoles ou des traitements pesticides. Elles peuvent également fournir des ressources complémentaires comme le pollen ou le nectar.

Recherches actuelles dans le domaine :

bordure de champ (St Liguori, Québec)

Les recherches dans le domaine sont assez concordantes. Elles montrent que la proximité de zones non cultivées comme les bordures de champ, les boisements, les pâturages a un effet positif sur la présence d’ennemis naturels dans les champs cultivés et donc sur le contrôle biologique [4] [5]. Certains auteurs pensent aussi que l’hétérogénéité [6] [7] des types d’habitats à proximité du champ aurait également un effet positif sur le contrôle biologique mais peu d’études permettent de confirmer cela.

Jusqu’à présent, les études s’intéressent le plus souvent à l’effet des zones non cultivées mais l’effet des autres cultures reste très peu documenté. La présence d’un champ de blé à proximité d’un champ de maïs favorise t’il le contrôle biologique dans ce dernier ? Cette question est actuellement sans réponse.

Activité possible avec des enfants.  :

Pour une même culture, les espèces de prédateurs des pucerons sont-ils différents selon ce qui entoure le champ ?

champs de soja et de maïs, Ste Marie Salomé, Québec (photo d’Evelyne Vouligny)


- Choisir une culture en fonction des cultures disponibles dans la région.
- Choisir des champs de cette culture à proximité d’une culture de blé, de maïs, un boisement, un village...
- Dans ces champs, choisir autant de zones d’échantillonnage que d’enfants. Chacune des zones devra comprendre au moins un plant occupé par des pucerons.
- A chacune de ces zones, pendant 10 minutes, noter les insectes prédateurs observés (coccinelles, chrysopes, hémérobes, syrphes, cécidomyies...).

Notes:

[1Ferron, P. 2000. Bases écologiques de la protection des cultures. Courrier de l’INRA 41 : 33-41.

[2Eilenberg, J., A. Hajek, and C. Lomer. 2001. Suggestions for unifying the terminology in biological control. BioControl 46 : 387-400.

[3Les parasitoïdes sont des insectes qui pondent leurs œufs dans le corps d’un autre insecte. La larve va se nourrir progressivement de son hôte et émergera sous forme d’adulte. Un peu comme alien...

[4Roschewitz, I., C. Thies, and T. Tscharntke. 2005. Are landscape complexity and farm specialisation related to land-use intensity of annual crop fields ? Agriculture Ecosystems & Environment 105 : 87-99.

[5Schmidt, M. H. 2004. Landscape context of arthropod biological control, pp. 55-63. In G. M. Gurr, S. D. Wratten and M. A. Altieri [eds.], Ecological engineering for pest management.

[6Hétérogénéité (Burel et Baudry, 2001) : caractère d’un territoire présentant des éléments différents que se soit dans leur forme, leur taille ou leur nature. En écologie du paysage, l’hétérogénéité intègre la diversité des éléments et leur arrangement spatial.

[7Burel, F., et J. Baudry. 1999. Ecologie du paysage. Concepts, méthodes et applications.

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