Abeilles en vadrouille : de la cueillette de l'essaim à la récolte du (...)

Capturer un essaim d'abeilles et l'enrucher. Voir descriptif détaillé

Abeilles en vadrouille : de la cueillette de l'essaim à la récolte du (...)

Capturer un essaim d'abeilles et l'enrucher. Voir descriptif détaillé

Offrir une demeure décente à un essaim d’abeilles venu s’accrocher à un arbre de votre jardin n’est pas si difficile. Cette petite aventure, que j’ai eu la chance de vivre plusieurs fois, m’a donné (et vous donnera peut-être un jour), en plus de pots de délicieux miel, le plaisir d’admirer le travail incessant de ces dames et la joie de voir mes arbres fruitiers encore plus prolifiques. Bref, ces abeilles me rendent au centuple le prix de mon hospitalité.

La surprise

Au cours d’une ballade dans la nature ou d’un simple petit tour de votre jardin, d’autant plus que celui-ci comporte quelques fruitiers, vous pouvez tomber en arrêt devant un tableau magique et un peu inquiétant : une masse brune foncée, frémissante comme un étrange animal, grosse comme un ballon de rugby, voire plus.
 

Bel essaim dans un petit abricotier
 

 

Un autre essaim : ma chatte Lola n’est pas du tout inquiète...

Ces milliers d’abeilles agglutinées (il y en a environ 20000 dans un essaim moyen) sont, entourant la vieille reine en fuite, à la recherche d’un nouvel abri pour fonder leur colonie. En effet, la ruche d’origine, devenue trop étroite, a généré une nouvelle reine, dont le premier souci sera de supprimer les autres larves royales ainsi que sa vieille rivale. Voila pourquoi celle-ci est partie dans, un nuage noir et vrombissant (tout aussi impressionnant que l’essaim posé), accompagnée et protégée par la moitié de la colonie.

Que faire ?

Bien entendu, si vous êtes en pleine nature, bois, prairie et assez loin des habitations humaines, vous pouvez laisser ces vagabondes gérer leur vie seules, elles finiront bien par trouver un endroit convenable pour se loger (comme un tronc d’arbre creux ou un vieux mur de pierre).
Mais si cette découverte est très proche d’habitations, dans un jardin par exemple, vous pouvez décider, ce qui est le plus sage, de joindre un apiculteur des environs qui se fera un plaisir de récupérer cet essaim (en échange d’un pot de miel, c’est la coutume). Dans ma région Midi-Pyrénées, par exemple, ce lien vous aidera : http://www.apiculture31.com/Essaim .

Mais vous pouvez aussi décider, si l’essaim est facilement accessible, de gérer la situation vous même, après tout nous sommes des aventuriers !
Dans ce cas, pas d’improvisation, il faudra agir de façon méthodique, calme et pondérée, bref, celle d’un scientifique ! L’idéal étant, la première fois, de vous faire assister par quelqu’un ayant déjà cette expérience.

Le matériel et la préparation

Avant tout, bien que les abeilles en recherche d’un logis ne soient pas du tout agressives, il vous faut une tenue de protection complète : entièrement couverts , chapeau, masque, bottes, gants (la tenue blanche d’apiculteur étant l’idéal).

Mon fils Thibaut s’équipe. Au pied de l’arbre, le « piège » est en place !

De plus, gorgées de miel (pour avoir une autonomie de plusieurs jours) il leur est difficile de plier l’abdomen pour piquer (j’ai d’ailleurs assisté à l’expérience de mon ami apiculteur amateur, plongeant un doigt entier, tout doucement dans un essaim frémissant... sans aucune piqure !).

Ensuite il faut :
- un drap blanc (à placer au sol pour éviter que les abeilles ne se perdent dans l’herbe).
- une brosse à abeille (ou une balayette) pour chasser en douceur les abeilles restées sur l’arbre (ou sur vous !).
- un gros sécateur ou une cisaille pour éventuellement couper les branches.
- certains préconisent l’emploi d’un vaporisateur à eau, pour asperger l’essaim, en cas de tentative de départ, ce qui le refroidit et le dissuade de s’envoler.
- et bien sûr une grosse boite (carton, seau) pour récupérer l’essaim. Le mieux étant d’avoir dores et déjà la ruche définitive (dont la construction pourrait faire l’objet d’une autre histoire), ce qui évitera un transvasement.

Un enfumoir n’est pas du tout indispensable, voire à éviter (la fumée les perturbe toujours), dans le cas d’un essaim vagabond . On n’enfumera les abeilles que dans les cas ou des rayons (structures comportant les alvéoles) sont déjà constitués, ce qui indique que les abeilles ont décidé de s’établir à cet endroit (quand on les déloge de leur demeure, elles sont beaucoup moins coopératives...).

Action !

Le plus facile est d’être deux, un qui tient le réceptacle juste sous l’essaim et l’autre qui se débrouille pour le faire tomber dedans. Normalement, quelques secousses bien franches de la branche et le tour est joué. Parfois, on peut utiliser la cisaille et être ainsi sûr de prendre tout l’essaim et, le plus important, la reine.

Ca y est ! Le gros de la troupe est dans la boite, Thibaut chasse quelques égarées sur sa vareuse.

Il y en a un peu partout mais si la reine est à l’intérieur, tout le monde va rentrer sagement.

Une fois le plus gros des abeilles tombé, on pose la boite au sol, sur le drap blanc, on ferme délicatement, en se servant du chasse-abeilles pour éviter d’en écraser et on s’éloigne un peu pour que le calme revienne (car il y a toujours un petit moment d’excitation avec des abeilles volant en tous sens, d’autres marchant sur le drap, s’accrochant aux vêtements, un certain nombre restant dans l’arbre). Il n’y a plus qu’à attendre...le signe magique qui va nous indiquer que la reine est dans notre ruche, et que la partie est sans doute gagnée.

Quelques abeilles battent le rappel sur la piste d’envol, devant l’entrée de la ruche : victoire, la reine est dans la place !

Ce signe c’est ce que les apiculteurs appellent « battre le rappel » : quelques abeilles s’agrippent devant l’entrée de la ruche, postérieur dressé, et ventilent
puissamment avec leur ailes pour diffuser un parfum, généré par une glande, et ainsi attirer leur soeurs à l’intérieur. Fascinant spectacle !

La procession des abeilles rejoignant leur reine, on admire...

20 minutes après, presque tout l’essaim est rentré.

Généralement, au bout d’une vingtaine de minutes, l’essaim est bien à l’abri dans sa nouvelle demeure. Quand le calme est vraiment complétement revenu on peut fermer le conteneur (dans le cas de ma ruche avec un liteau de bois coupé à la dimension de l’entrée et bien coincé) et amener délicatement le tout à sa place définitive (en voiture éventuellement, à quelques mètres dans mon cas pour cet essaim).

Pour l’anecdote, le lendemain de ce beau samedi de mai, un autre essaim, plus petit, est venu me demander l’hospitalité (sur le même arbre), et, étant seul, j’ai du adopter une nouvelle technique :

Autre essaim, autre technique. Le maître mot est « débrouillardise » !

Encore une fois, bingo, c’est dans la boite !

Ce week-end là, mon rucher s’est donc enrichi de deux nouvelles maisonnettes pour ces dames butineuses :

A gauche la ruche du samedi (de type Warré), au centre ma première ruche (d’un essaim attrapé l’année d’avant, en 2011) et à droite la ruche du dimanche (type Dadant)

La vie de mon rucher

En fait, n’étant pas un « vrai » apiculteur, et ne cherchant pas une production de miel à tout prix, je laisse mes abeilles vivre leur vie tranquillement, à l’abri de leurs maisons de bois, où elles sont plus à leur aise et plus en sécurité que, par exemple, sous le toit d’une maison habitée.

En fait mes interventions se résument à :
- la visite de printemps.
- la pose de hausses.
- un nourrissement si je sens que la ruche est très faible.
- la lutte contre ces « affreux frelons qui font frémir » asiatiques.
- éventuellement le traitement anti-varroa.
- et bien sûr la récolte fin aout début septembre.

La visite de printemps et la pose de hausses

Au début du mois de mars, il est préconisé d’ouvrir le corps de ruche (partie réservée aux abeilles, dont on ne récolte pas le miel, là où elles ont passé l’hiver) pour vérifier son état de sante : on peut compter le nombre de cadres de couvain (les larves) , de nourriture restante (miel), et nourrir si besoin, remplacer les cadres vides et noirs (vieille cire) par des cadres propres et cirés de neuf, recentrer la grappe dans le corps de la ruche, pour dynamiser la colonie, etc...
Personnellement, je ne fais ceci que pour les nouvelles ruches, dont j’ai cueilli l’essaim le printemps précédent. Les années suivantes je les laisse tranquilles car toute ouverture de la ruche les dérange.

Fin avril, début mai, je regarde si les abeilles occupent la totalité du corps de ruche, et donc s’il est temps de mettre une hausse (partie que l’on place sur le corps, et que les abeilles vont remplir de bon miel pour remercier leur hôte !).
Ensuite, entre mai et juillet, je regarde de temps à autre le remplissage des hausses pour en rajouter éventuellement (je mets au maximum deux hausses par ruche).

Le nourrissement

Après avoir enruché un petit essaim, il m’est arrivé, voyant que les abeilles avaient du mal à remplir les cadres de corps, de placer dans la ruche un système pour complémenter leur alimentation (mélange de miel, de sucre et d’eau). Mais, ne recherchant pas la productivité, je ne le fais que pour leur éviter un funeste sort.

Par contre, en été, je leur mets des réserves d’eau (des seaux remplis de cailloux et d’eau pour qu’elles puissent boire à l’abri des prédateurs, comme les oiseaux). Cela permet qu’elles n’embêtent pas les voisins en allant boire dans leur piscine. Je place ces seaux à coté de mon potager, pour les remplir chaque fois que j’arrose (avec de l’eau de pluie de récupération, écologie quand tu nous tiens...) . Cela permet aussi de leur montrer qu’il y a de belles fleurs de courgettes à polliniser !

La lutte contre les « ennemis »

Le frelon asiatique, véritable machine de guerre, jaune et noir, trapu et carapacé, est un impressionnant prédateur des abeilles. Il se poste en vol stationnaire devant l’entrée des ruches, attrape les abeilles en vol et va se poser avec sa victime un peu plus loin. Là, (j’ai plusieurs fois assisté à cet horrible spectacle) il arrache pattes et ailes à la pauvre abeille, la réduit en boule et puis file à vive allure avec ce butin vers son nid pour nourrir ses propres larves. En les suivant du regard, on peut parfois déterminer où sont ces énormes nids et envisager de les faire détruire. Pour ma part, j’en ai occis un bon nombre à la raquette de badminton et attrapé quelques uns avec des pièges appâtés à la bière et à la grenadine (fin gourmets en plus). Mais il semble qu’il n’y ait pas grand chose à faire et que seule la vivacité et la combativité de la colonie pourra la sauver. Je fais donc confiance, pour ma part, à la nature... J’avais, au début, placé une barre anti-frelon, mais m’apercevant quelle empêchait les faux-bourdons (les mâles abeilles) de rentrer, j’ai fini par l’enlever :

Deux mâles cherchant désespérément à rentrer dans la ruche. Trop gros pour passer la barre verte anti-frelon...

Les filles, bien plus minces, se glissent dessous sans problème, devant les gros yeux ébahis, tristes et envieux de ce pauvre garçon...

Le varroa est un acarien d’origine asiatique (lui aussi !), parasite des abeilles, qui peut faire fortement diminuer la productivité des ruches.
Il est préconisé de placer, en début d’année, des bandelettes de traitement chimique, mais pour ma part, n’ayant pas d’objectif de rendement, je préfère ne pas utiliser ce genre de produit. Je controle la chute naturelle de ces bestioles en glissant une feuille blanche graissée dans le fond de la ruche. N’ayant apparemment pas trop de ces parasites, je laisse ma ruche se débrouiller seule et naturellement, à mon habitude.

Enfin, la récolte !

Les apiculteurs qui veulent optimiser la gestion de leurs récoltes, enlèvent les hausses plusieurs fois dans la saison (entre mai et septembre). Ils peuvent ainsi séparer les différentes sortes de miel (colza, acacia, fleurs d’été, bruyère, etc...). Pour ma part, toujours dans le but de laisser mes abeilles en paix, je ne récolte que début septembre pour un miel mélangé que je n’utilise que pour ma consommation et celle de mes proches. Parfois, je récolte le miel juste après la floraison du colza, car il est réputé donner un miel très compact et donc rendre son extraction difficile.

La récolte consiste à enlever les hausses, normalement pleines de miel, après avoir enfumé les abeilles (comme chaque fois que l’on ouvre la ruche). Il vaut mieux être deux, pour ce travail, que l’on doit réaliser très calmement. Les apiculteurs professionnels enlèvent directement les hausses entières et chassent les abeilles avec une soufflette électrique. Pour ma part, avec mon fils, nous enlevons les cadres un par un, en les décollant avec un lève cadre et en chassant doucement les abeilles avec une brosse spéciale. Nous plaçons ces cadres dans des hausses vides à coté de la ruche. Bien évidemment, pour cette opération l’équipement complet de « cosmonaute » est indispensable.

L’extraction et la mise en pots du miel nous la faisons actuellement, mon fils et moi (car mon fils a aussi deux ruches chez lui provenant d’essaims capturés dans mon jardin), chez un apiculteur amateur de nos amis, mais nous comptons investir, cette année, dans le matériel complet pour constituer notre propre miellerie : extracteur manuel (centrifugeuse dans laquelle on place les cadres), maturateur (récipient où l’on stocke le miel quelques jours pour qu’il décante et que les impuretés remontent à la surface), couteau à désoperculer,etc...

Nous avons déjà fait deux saisons de récolte (2011 et 2012) et le miel obtenu est excellent ! Merci qui ?

Conclusion : gagnant-gagnant, tout le monde est content !

Je ne suis venu à l’apiculture que par la volonté de ces dames butineuses.
En effet, il y a trois ans, j’ai découvert un essaim sauvage installé (avec rayons construits) au fond de mon jardin, dans une vieille piscine pour enfants, en plastique, retournée. Voulant leur donner un logement plus civilisé, et avec l’aide d’un apiculteur j’ai créé ma première ruche (mais je n’ai aucune photo de cette aventure là, dommage).
Depuis, chaque mois de mai, des essaims arrivent sur mes arbres (dix en 2011, cinq en 2012). Je me suis donc, par nécessité, aguerri à la technique de cueillette de ces masses d’abeilles.

Et bien, désormais, non seulement mes abeilles me gâtent en succulent miel (20 ou 30 kilos par an) qui permet à mes proches d’être beaucoup moins malades l’hiver (bon, je n’en ai pas la preuve scientifique !), mais aussi mes arbres fruitiers prospèrent, du fait d’une pollinisation plus intense :
abricotiers (les préférés de ces dames), cerisiers, pruniers, poiriers,... bref, tous ces arbres, ainsi que mon potager, donnent de plus en plus de fruits grâce à mes nouvelles amies !

Le résultat.
Ok, on pourrait mieux faire pour les étiquettes, mais ce miel n’est destiné qu’à la famille ! En fond, entre les pots, on peut remarquer notre petit rucher.

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